El corazón de Hialmar

por Leconte de Lisle

Traducción Gaby F.

Noche sobre la nieve sangrante, un viento frío.
Mil guerreros sin tumba yacen
en la quietud, empuñan la espada, con ojos perdidos
Sobre ellos en vuelo negros cuervos se esparcen.

La Luna fría envía su pálida llama
de entre los caídos Hialmar se eleva
posa sus manos en la hoja quebrada
y el púrpura de la batalla su cuerpo bordea.

Hail! Alguien aún conserva vida en sus pulmones
entre tantos fieros y fuertes hombres
que al amanecer reían y cantaban canciones.

Todos están mudos. Mi yelmo hundido
mi armadura grabada por el hacha del enemigo.
Mis ojos sangran. Escucho un inmenso sonido
como el murmullo del mar, como del lobo el aullido.

Devorador de hombre, cuervo, sigue mi camino
Abre mi pecho con tu pico de metal, como un punzón
mañana veremos a quienes hoy perdimos
Lleva a la hija de Ylmer mi aún caliente corazón...

En Upsal, donde los Jarls beben la buena cerveza,Y cantan, chocando las jarras de oro, en coro, ¡A toda ala vuela, oh errante de los brezos! Busca a mi prometida y llévale mi corazón.

En la cima de la torre que habitan las urracas La verás de pie, blanca, de largos cabellos negros. Dos aros de plata fina le cuelgan de las orejas, Y sus ojos son más claros que el astro de las hermosas tardes.

Ve, oscuro mensajero, dile bien que la amo, Y que aquí está mi corazón. Ella reconocerá Que es rojo y sólido y no tembloroso y pálido ¡Y la hija de Ylmer, Cuervo, te sonreirá!

Yo, me muero. Mi espíritu fluye por veinte heridas. He cumplido mi tiempo. Bebed, oh lobos, mi sangre vermella. Joven, valiente, riendo, libre y sin marchituras, Voy a sentarme entre los Dioses, ¡en el sol!


Charles-Marie LECONTE DE LISLE
1818 - 1894

Le coeur de Hialmar

Une nuit claire, un vent glacé. La neige est rouge.
Mille braves sont là qui dorment sans tombeaux,
L'épée au poing, les yeux hagards. Pas un ne bouge.
Au-dessus tourne et crie un vol de noirs corbeaux.

La lune froide verse au loin sa pâle flamme.
Hialmar se soulève entre les morts sanglants,
Appuyé des deux mains au tronçon de sa lame.
La pourpre du combat ruisselle de ses flancs.

- Holà ! Quelqu'un a-t-il encore un peu d'haleine,
Parmi tant de joyeux et robustes garçons
Qui, ce matin, riaient et chantaient à voix pleine
Comme des merles dans l'épaisseur des buissons ?

Tous sont muets. Mon casque est rompu, mon armure
Est trouée, et la hache a fait sauter ses clous.
Mes yeux saignent. J'entends un immense murmure
Pareil aux hurlements de la mer ou des loups.

Viens par ici, Corbeau, mon brave mangeur d'hommes !
Ouvre-moi la poitrine avec ton bec de fer.
Tu nous retrouveras demain tels que nous sommes.
Porte mon coeur tout chaud à la fille d'Ylmer.

Dans Upsal, où les Jarls boivent la bonne bière,
Et chantent, en heurtant les cruches d'or, en choeur,
À tire d'aile vole, ô rôdeur de bruyère !
Cherche ma fiancée et porte-lui mon coeur.

Au sommet de la tour que hantent les corneilles
Tu la verras debout, blanche, aux longs cheveux noirs.
Deux anneaux d'argent fin lui pendent aux oreilles,
Et ses yeux sont plus clairs que l'astre des beaux soirs.

Va, sombre messager, dis-lui bien que je l'aime,
Et que voici mon coeur. Elle reconnaîtra
Qu'il est rouge et solide et non tremblant et blême
Et la fille d'Ylmer, Corbeau, te sourira !

Moi, je meurs. Mon esprit coule par vingt blessures.
J'ai fait mon temps. Buvez, ô loups, mon sang vermeil.
Jeune, brave, riant, libre et sans flétrissures,
Je vais m'asseoir parmi les Dieux, dans le soleil !

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